FILM-DÉCOLLETAGE

"Ma mondialisation": le débat est ouvert


Le film réalisé par Gilles Perret a été diffusé jeudi 6 avril à Bonneville. Au-delà du décolletage, il soulève nombre de questions et provoque le débat. D'autres projections vont suivre.

Le film de Gilles Perret, "Ma mondialisation", est arrivé en avant-première à l’Agora de Bonneville, jeudi 6avril, tout auréolé de malentendu. Le refus de la mairie de Cluses de laisser cette avant-première se dérouler à la Maison des Allobroges avait participé à entretenir le malaise. Gauchisant, de parti pris, trop ciblé contre la Chine ? Le débat qui a suivi la projection bonnevilloise a permis de dégonfler le souffle polémique.
Car l’œil qu'a glissé l'équipe de Gilles Perret aux basques d'Yves Bontaz, de Marnaz en République Tchèque, en s'attardant longuement sur la Chine, s'il ne cache pas sa sensibilité, contient de multiples facettes. Les principaux protagonistes y apparaissent sympathiques, exhalant « l'esprit de la vallée » et décolletage. Mais le film les protège toutefois pas de leurs contradictions Entre un repas de décolleteurs à bâtons rompus jovial et éclairant et des scènes tournées sans autorisation en Chine auprès d'un de ouvrier à 80 € par mois, logé dans un bidonville loin de sa famille, le « un peu de bien », , et que le décolleteur estime amener apparaît comme un peu de méthode Coué. Mais au côté de « ce n'est pas moi qui ai fait le monde », le « pas le choix » sonne comme un leitmotiv tout au long du film. Il faillit d'ailleurs en devenir le titre. Au-delà de l'avenir de la vallée, ce sont les questions des fonds de pension, de la conservation des savoir-faire, qui sont posées. « Dans l'histoire du décolletage, on peut lire toute l'histoire du capitalisme », note d'ailleurs l'économiste intervenant dans "Ma mondialisation". Le débat est ouvert.

David Gossart

« Aujourd'hui, on presse le citron »

Il y avait du soulagement à la suite de la diffusion de l'avant-première. Chez Gilles Perret, mais aussi les décolleteurs venus voir un film qu'ils appréhendaient comme de parti pris contre eux. « Mais ce n'est ni à droite, ni à gauche », concédait l'un d'entre eux dans le débat post-projection.
Gilles Perret se montrait lui un brin surpris des retours positifs. « Avant, certains m'avaient dit: "ça fait quinze ans qu'on est là, on ne t'a pas attendu pour savoir quoi penser de la vallée..." Mais ça stimule le débat. »
Globalement ressenti comme pessimiste, le film a essuyé le reproche de quelques-uns de trop se focaliser sur le "danger chinois". Et rappelé quelques clichés à l'ordre :
« Dans ce film, tout le monde regrette ses anciens patrons ! » remarquait une dame. « On n'était pas si mal que ça, alors... En France, on n'est jamais content, et on s'aperçoit aujourd'hui qu'on a , tout cassé ». Ce qui reflétait un peu la réaction de Richard Mota, de la CGT, présent dans le film, et à la projection. « Est-ce que l'on regrette notre ancien patron ? Avec des Kielwasser, le bénéfice était au moins réinvesti. Même si c'était difficile de discuter avec eux... Aujourd'hui, on presse le citron. Celui qui est là n'a pas de sous, pas de pouvoir de décision, il n'y a plus rien à négocier... »
Egalement présents, Armand et Franck Siffointe, qui apparaissent dans le film comme une respiration et un espoir : ils travaillent à 5, tous en famille, dans un petit entrepôt. « Quand il n'y a pas trop de boulot, on travaille moins. Mais quand il 'y en a, on est à fond dedans ! » Ça a l'air simple, comme ça... « II ne faut pas oublier qu’Yves Bontaz a commencé dans une écurie! Nous n'avons pas trop à nous plaindre, même si c'est plus difficile depuis trois ou quatre ans. On espère que l'avenir sera meilleur »

D. G.

Article paru dans :


le 13/04/2006