Le décolletage vu
par Gilles Perret
VALLÉE DE L'ARVE. En braquant sa caméra sur ce qu'il estime être les réalités crues de ce secteur économique, l'auteur du film "Ma Mondialisation" entend forcer une porte faite de tabous
Ma Mondialisation" (*), présenté dès cette semaine aux habitants de la vallée de l’Arve, est un pamphlet. Gilles Perret, jeune réalisateur natif de Mieussy, y raconte tout haut ce que certains pensent tout. bas dans le grand petit univers du décolletage. Au fil des images s'enchevêtrent les témoignages de décolleteurs, de salariés aussi impliqués que rongés d'inquiétudes et d'une classe politique légitimement campée sur ses positions de défense de son joyau économique, incarnée par le projet de pôle de compétitivité.
Pour débroussailler, à sa manière militante, un monde qui a presque fait du secret une culture, Gilles Perret a suivi les pas d'un décolleteur, Yves Bontaz, qui emploie un millier de personnes entre Marnaz, la Chine et la République Tchèque.
« Il est mon cheval de Troie, qui m'a permis de voir beaucoup plus de choses », confie le réalisateur.
« C'est un film économique, mais c'est aussi l'histoire d'un homme... » Incarnation du patron, Yves Bontaz, fils d'agriculteur ayant bâti sa société à la force de ses bras, navigue dans des sphères qui n'ont plus rien à voir avec celles de ses débuts : pertes des identités familiales de certaines entreprises, délocalisations, rachat par des fonds de pension étrangers...
Le regard posé sur le décolletage n'a rien d'enchanteur. Le film, tourné durant l'été 2005, est émaillé de propos comme ceux-ci:
« L'efficacité justifie tout (...). Nous sommes dans un système de mondialisation abominable, on n'y peut rien », clame le personnage central du documentaire. Ce fatalisme quant à une situation présentée comme irrévocable, volontairement pessimiste, est présent dans chaque séquence.
La projection de « Ma Mondialisation » n'a que peu de chances de laisser indifférente la vallée de l'Arve, où souffle déjà un vent léger de polémique. Le maire de Cluses, Jean-Claude Léger, particulièrement sensible à la question de la Chine, sujet largement traité dans le film, a refusé une diffusion à la maison des Allobroges. Et aurait enjoint certains de ses collègues maires à faire de même. Après la présentation du film en avant-première, jeudi à la salle Agora de Bonneville, le débat qui suivra, avant plusieurs autres projections en Haute-Savoie et une diffusion sur France 3, donnera la température.
(*) 86 minutes, production Mécanos Productions et La Vaka, avec la participation du CNC, de la région Rhône-Alpes et de France 3.
Qui est Gilles Perret ?
Agé de 38 ans, le réalisateur haut-savoyard en est à son dixième documentaire. II a notamment réalisé "T.IR.-toi du Mont-Blanc" (camions sous le tunnel) et "8 clos à Évian" (G8 d'Évian). Certains de ses films ("Trois frères pour une vie", "L'homme qui revient du haut", "Les sauveteurs des cimes"), diffusés sur France 3 ou France 5, ont été primés lors de festivals. Gilles Perret est également réalisateur pour le magazine "Chroniques d'en Haut".