La mondialisation à la sauce boulon

Fonds de pension, délocalisation, mondialisation... En quelques années, ce glossaire d'un genre nouveau s'est invité dans notre quotidien. Si dans l'esprit d'un grand nombre, ces notions demeurent relativement. abstraites, dans la vallée de l'Arve, celles-ci sont devenues une réalité plus que palpable. Victimes de leurs bons résultats, les entreprises de décolletage ont en effet attiré la convoitise d'entités anglo-saxonnes, entraînant une profonde mutation du paysage économique. Depuis, la vallée vit dans l’angoisse de l’annonce des plans de licenciement et de délocalisation. Pendant toute une année, Gilles Perret a promené sa caméra afin de restituer cette réalité. Personnage central de ce documentaire, Yves Bontaz, chef de l’entreprise éponyme.
Agé d'une soixantaine d'années, celui-ci est à la fois acteur et témoin de cette mondialisation du décolletage. L’objectif de Gilles Perret suit les pérégrinations de l'entrepreneur aux quatre coins de la planète. Toujours très attaché à l’humain, le réalisateur trouve là un premier rôle de choix. Volubile, gouailleur à souhait, Yves Bontaz compose avec franchise, dévoilant ses convictions, ses doutes, mais parfois aussi une certaine naïveté, comme lorsqu'il découvre les conditions de salaire de ses employés chinois. De même qu'on le suppose sincère lorsque au sujet des délocalisations, celui-ci explique n'avoir pas le choix. Tout au long de ce documentaire de 86 minutes, ce « pas le choix » ne cesse d'ailleurs de revenir dans la bouche de plusieurs des protagonistes.
Rengaine fataliste, elle dessine en filigrane un système qui s'est emballé et qui semble aujourd'hui dépasser ses principaux acteurs. Si Gilles Perret, l'auteur du déjà très remarqué « Huit dos à Evian » ne fait pas mystère de ses sensibilités politiques, il évite l’écueil d'un film par trop militant. En donnant largement la parole aux chefs d'entreprise de la vallée, « sa mondialisation » fait table rase des traditionnels clivages et pose les vraies questions. Certains regretteront peut-être que l'auteur n'y apporte pas de réponses. Mais c’est sans doute l’une des forces de ce documentaire qui dresse un constat et laisse à chacun le soin de se forger sa propre opinion. « II y a dans cette vallée, un vrai climat d’inquiétude, et rien n'est fait pour calmer les esprits, observe Gilles Perret.
Avec ce film je souhaitais amener les gens à débattre et à une prise de conscience de la situation ». Un pari qu'il est en passe de relever. Comme le démontre le débat amorcé entre salariés et chefs d'entreprise, à l'issue de l'avant-première du film, tenue le 7 avril dernier à Bonneville.

Ma mondialisation, un film de Gilles Perret.
Projections prévues le 4 mai à Bonlieu Scène nationale-Annecy, et le 12 mai à Annemasse, à la MJC.
Renseignements sur : www.mamondialisation.com

www.lessentiel.fr

Article paru dans :


Mai 2006