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Hélène Desplanques :
« Ce que je filme n'est ni vrai ni réel, mais honnête »
Le Mois du film documentaire sera lancé à Marcq le 22 octobre. Une œuvre sera projetée au Colisée Lumière et un stage destiné aux professionnels de la culture sera animé par la Marcquoise Hélène Desplanques. Celle-ci évoque ce genre pluriel et le film qu'elle a tourné sur Samsonite.
PAR CHRISTIAN FURLING
Lors du stage à la Corderie, vous évoquez l'histoire du documentaire à travers quelques cinéastes. Pourquoi cette approche ?
Hélène Desplanques : « Je ne suis pas prof de fac et, en trois heures, je ne me voyais pas faire l'histoire du documentaire. Je proposerai des repères, des grands noms. Je suis passionnée par tous ces films et j'ai envie de faire passer le plaisir que je ressens. Les documentaires des frères Lumière duraient quelques minutes et pourtant, ils arrivaient à capter des choses burlesques ou très documentées sur leur époque. Ils faisaient déjà du repérage.
Jean Rouch n'aimait pas du tout le ton des documentaires des années 40. Il avait fait un reportage en Afrique et on avait plaqué sur ses images un commentaire très colonialiste. Dès qu'il a pu capter image et son en même temps, il est retourné en Afrique. Le documentaire a beaucoup changé grâce à ces évolutions techniques. C'est vrai pour la Nouvelle Vague. Aujourd'hui, presque tout a été fait, et il y a vraiment toutes sortes de documentaires. ».
Le Mois du documentaire cherche à témoigner de cette diversité...
« Et j'ai voulu la montrer dans mes coups de coeur. Il y a de petites merveilles, comme Le Jardin de jade, sur le conflit israélo-palestinien. Il parle d'une maison de retraite située au bord du mur de séparation. Tous ses résidants sont confrontés à l'élaboration du mur. Mais c'est aussi une réflexion sur la notion de frontière, un regard sur la vieillesse et la peur de mourir. On voit le conflit depuis quarante ans à la télé, mais là quelqu'un a posé sa caméra pendant plusieurs mois, et dit plus qu'un reportage. »
Qu'est un documentaire ?
« Pour moi, c'est avant tout un regard. C'est une vision du monde, qui s'assume. Ce que je filme n'est ni vrai ni réel, mais honnête. Quand j'ai 60 heures de rush, tout se crée au montage, mais je m'efforce d'être honnête en ne manipulant pas la matière enregistrée. »
Pourquoi avoir choisi Samsonite pour votre dernier documentaire (diffusé le 24 sur France 3) ?
« Je voulais travailler non pas "sur" mais dans le monde du travail. Je voulais voir et comprendre ce qui se mettait à fonctionner de travers. J'ai vu quatre conflits, le 5e était le combat des salariés à Hénin après la fermeture de Samsonite. J'ai eu un coup de coeur pour ces femmes qui occupaient leur usine depuis deux mois. J'ai attendu leur avocat. Ces femmes qui n'avaient plus rien à perdre, rebelles, face à la stature de cet avocat parisien, c'était déjà une scène de cinéma.
Je me suis laissée embarquée dans leur histoire. J'ai tourné de mars 2007 à juin 2009. Ce qui m'intéressait, c'était leur courage. Le film, c'est leur bataille judiciaire. Il pose la question de comment on peut lutter aujourd'hui. Leur lutte est une réponse (même si je ne veux pas dire si elles ont gagné ou pas). Ça peut être long. En août, les salariés de Flodor ont gagné après quatre ans et demi de procédures.
Pour lutter ainsi, il faut une sacrée solidarité. Elles n'auraient pas pu le faire sans ce qu'elles avaient vécu pendant vingt ans dans l'usine, sans la façon dont elles s'étaient serré les coudes.
J'ai aussi enquêté sur les gens qui sont en face d'elles. J'ai tiré le fil des responsabilités et j'ai croisé de faux repreneurs, le grand groupe Samsonite et des fonds d'investissement anglo-saxons. Tout salarié qui se demande qui détient le pouvoir dans sa boîte - souvent ce n'est pas une seule personne -, qui se sent lésé, ne peut plus se retourner contre un patron à figure humaine.»
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