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TELE.
Le documentaire "La guerre des cotons",
présenté sur France 5, raconte comment la toute-puissance américaine
menace les paysans africains.
La mondialisation, c'est coton !
Le coton est une très vieille histoire,
faite de larmes et de sang. Une histoire qui a presque toujours opposé
le Noir et le Blanc ". Avec La guerre des cotons, diffusé le 11
avril sur France 5, le réalisateur Jean-Michel Rodrigo annonce la couleur.
Si le coton était hier l'une des principales causes de la traite des
Noirs, il est devenu un " or blanc " qui " symbolise les déséquilibres
issus de la mondialisation ". C'est en rédigeant un livre sur
une banque mutualiste du sud du Mali*, il y a une quinzaine d'années
que Jean-Michel Rodrigo a réalisé l'importance de la culture
du coton. Les pays producteurs ne se battent pas à armes égales
: des pays d'Afrique de l'Ouest parmi les plus pauvres du monde doivent rivaliser
avec les méthodes musclées du géant américain.
Là-bas, 25000 agriculteurs ont automatisé la récolte
d'immenses champs et touchent plusieurs milliards de dollars de subventions
annuelles. Quant aux millions de paysans du Mali, du Tchad, du Bénin
ou du Burkina Faso, ils possèdent rarement plus d'un hectare et gagnent
au mieux un dollar par jour. Ils ne bénéficient d'aucun soutien
financier et sont, à terme, menacés de disparition par la concurrence
américaine. Un rapport cité par la Conférence des Nations
unies sur le commerce et le développement (Cnuced) révèle
que les exportations américaines de coton en 2002 auraient chuté
de 40% si elles n'avaient pas été soutenues artificiellement.
" Nous ne demandons pas une faveur, nous demandons tout simplement justice
", commente Amadi Toumani Touré, le président du Mali,
devant la caméra du réalisateur. " La filière coton
est la colonne vertébrale du monde rural en Afrique de l'Ouest, appuie
Jean-Michel Rodrigo. Elle permet de construire des routes, d'amener de l'eau,
de l'électricité, etc. Si elle explose, c'est le feu dans l'ensemble
du Sahel. On aura beau jeu après d'aller faire de l'humanitaire, d'aller
creuser des puits. " Aux Etats-Unis, le coton est tout à la fois
une réalité économique et un symbole de l'histoire du
pays auquel on ne touche pas. Pour convaincre la Chine (le plus grand consommateur
de coton au monde) de continuer à leur acheter des fibres, les Etats-Unis
interdisent désormais toute importation de textile chinois qui ne comporterait
pas 80% de fils d'origine américaine. Contacter des représentants
de ces grandes industries fut quasiment mission impossible pour le réalisateur.
" Le big boss de la plus grosse firme américaine, Dunavaxt, avait
fait passer un message : " on ne parle pas aux médias " ",
raconte-t-il.
Ne disposant pas des moyens de pression américains, l'Afrique pourrait
être la grande perdante d'un face-à-face entre les Etats-Unis
et la Chine. De timides avancées lui permettent de résister.
Un label de coton équitable est en train d'être mis en place.
Les Etats-Unis ont annoncé une légère baisse des aides
fédérales à leurs producteurs. Jean-Michel Rodrigo a
récemment projeté son documentaire devant l'Association des
cotonniers africains à Ouagadougou. " Il y avait là des
experts de la Banque mondiale et du FMI qui ont découvert comment se
faisait la cueillette du coton ! Certains ont également appris que
les tarifs du fret étaient deux fois plus élevés pour
les Africains que pour les Français, sans aucune raison valable. "
Pour le journaliste, pas de doute : " La bataille du coton préfigure
les guerres économiques à venir, celles du blé, du riz
ou du sucre. " Et d'ajouter que " pour personne autant que pour
l'Afrique, l'issue de cette guerre économique n'est aussi vitale ".
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FRANCOIS BEGUIN
*Kafo-Jiginew., l'argent des greniers, éditions Témoignage chrétien.
Article paru dans :
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le 07/04/2005