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« L'Afrique doit jouer la carte de la qualité »
Votre documentaire « la Guerre des cotons » (*) illustre la concurrence inégale que se livrent Africains et Américains pour fournir le géant chinois. Le président du Mali pointe un paradoxe des pays riches : ils disent lutter contre la pauvreté dans le monde mais subventionnent leurs producteurs...
Louis Goreux, ancien du Fonds monétaire international (FMI), estime que la concurrence déloyale des Etats-Unis génère un manque à gagner de 400 millions de dollars par an pour les producteurs du continent. Cela semble peu. Au regard des politiques dites de coopération, le chiffre est significatif. II représente quelques puits, écoles, dispensaires, enseignants et médecins…
L'Afrique transforme à peine 0, 80 % de la fibre qu'elle produit. Pourquoi ?
Les rares tentatives d'installations d'usines de transformation se sont soldées par des échecs. Français et Européens n'ont guère poussé à la roue, pour éviter de faire de l'ombre à leur secteur textile... Aujourd'hui, il y a deux obstacles majeurs : le coût de l'électricité, 26 fois plus élevé au Mali qu'aux Etats-Unis, et le raz-de-marée chinois. L'Afrique n'a guère le choix. Elle doit jouer la carte d'un coton de qualité, propre et écologique.
Le nouvel eldorado chinois s'érige sur des coûts de travail dérisoires. Cela peut-il durer ?
C'est la grande inconnue... Elle commence à inquiéter nombre d'acteurs de la filière, pas seulement dans les hautes sphères du pouvoir à Pékin.
La société française parapublique Dagris, représentant l'ancienne puissance coloniale, vend le coton africain, n'est-ce pas un paradoxe ?
Non, plutôt une conséquence des relations passées. Les acteurs africains préfèrent rester avec des interlocuteurs qu'ils connaissent bien plutôt que de traiter avec des grands négociants. La fragilisation de la filière africaine profiterait à ses concurrents... C'est une des raisons pour lesquelles nous avons choisi pareil titre. Associer le coton et la guerre ne nous serait pas venu à l'esprit autrement.
Propos recueillis par Robert Jules
(*) Diffusé aujourd'hui à 15 h 45 sur France 5 et les 16 et 17 avril sur la chaîne Public Sénat.
Article paru dans :
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le 11/04/2005