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Il finance les routes, les écoles, les hôpitaux, paie les engrais et fertilise les sols, fournit de l'huile aux hommes et à manger aux animaux. Par-dessus tout, il permet de lutter contre le dépeuplement des campagnes.
Autant de bonnes raisons dont les agriculteurs américains n'entendent jamais parler, et qui n'empêcheront pas les spéculations les plus insensées. Une rumeur sur la hausse ou la baisse de la production chinoise, une catastrophe climatique suffisent pour que la tendance en Bourse s'inverse du jour au lendemain. De tels facteurs, l'Afrique est loin de les maîtriser. En ce moment, les prix sont bas. Dramatiquement bas. Des stocks entiers croupissent au soleil en attendant preneur. Et l'Afrique a tant de problèmes à régler. Celui du transport par exemple. Comment la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) peut-elle évacuer ses balles de coton, alors que le port d'Abidjan, voie habituelle de sortie, est devenu pratiquement inaccessible depuis que la guerre civile a coupé la Côte d'Ivoire en deux ? Une solution : le train. Quatre jours et cinq nuits pour seulement 1500 km de brousse ! Et enfin, alors que l'on ne l'attendait plus, la bonne vieille locomotive du Bamako-Dakar entre gare. Malmené, le coton a perdu en qualité. Et il reste encore à le vendre aux industriels européens, américains ou asiatiques. Car l'Afrique ne transforme qu'une infime partie de son or blanc.
C'est à ce moment que le film nous emmène en Chine. À Ching Tao exactement, principal port de débarquement de la fibre étrangère. Acteur majeur de la filière, la Chine ne lésine pas sur les moyens. Installations portuaires gigantesques, immenses filatures mécanisées où s'affaire, sous l'oeil attentif des surveillants, une armée d'ouvrières... L'Afrique semble si loin! Aujourd'hui, les besoins de la Chine représentent près du tiers de la consommation mondiale de coton. Et ils ne cessent d'augmenter. L'entreprise française Dagris, partenaire historique des producteurs africains, est contrainte de se tourner toujours plus vers ce pays pour vendre sa fibre. Un marché difficile, exigeant, et qu'il convient de ne pas aborder sans une solide préparation. Ainsi coincée entre deux puissances, l’Afrique peut-elle encore lutter ? En réalité, elle n'a pas le choix.
Comme le dit Bachir Diop, directeur de (entreprise sénégalaise Sodefitex : « Plus question de jouer au football avec les pieds seulement quand l’autre équipe joue aussi avec les mains ! » Et Gilles Peltier (Dagris) de mettre en garde: « Si les Africains ne produisent plus de coton, que vont-ils produire? Des cultures illicites ? Et s'ils ne peuvent plus vivre de leur exploitation, où vont-ils aller? Dans les pays du Nord. » À bon entendeur...
C'est sûr, l’Europe serait bien inspirée d'aider plus activement l’Afrique dans son combat, ô combien inégal, contre la première puissance économique de la planète. D'autant que son coton est d'excellente qualité, que les tissus sont beaux, et que ses stylistes ont du talent. La preuve: la caméra suit alors le mouvement gracieux d'un défilé de mode, quelque part en Afrique. On respire. Une petite note d'espoir dans cet avenir inquiétant.
Article paru dans :
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le 03/04/2005