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Menaces sur la filière africaine
Documentaire
France 5, 15h45
Vu du Mississipi, la problématique du coton africain est une découverte. C’est l’un des constats de Jean-Michel Rodrigo, dont France 5 diffuse, cet après-midi, le documentaire La Guerre des cotons. A se demander si ces exploitants, subventionnés à tout va ( 3 milliards de dollars par an ), n’ont pas carrément refoulé l’épisode de l’esclavage. La filière du coton en Afrique est pourtant en danger, et avec elle les près de 25 millions d’Africains qui en vivent directement ou indirectement. Car l’Afrique n’a ni les ressources commerciales pour s’imposer rapidement sur de nouveaux marchés, ni les moyens financiers de seulement protéger ses actuels débouchés. Un coup de grisou sur les cours, et c’est toute une année de travail qui peut être ruinée. Pourtant, elle possède des atouts. Son coton est le plus écologique du monde : il est arrosé uniquement par la pluie ; pas d’utilisation d’engrais chimiques ( ce sont les élevages d’ovins et de bovins qui y pourvoient ). Dans son entretien avec France Soir, Jean-Michel Rodrigo révèle notamment quelques pratiques qui aggravent la concurrence déloyale dont souffre tant la filière africaine.
D’où vient votre intérêt pour le coton ?
Jean-Michel Rodrigo. D’un autre film que j’ai réalisé il y a trois ans et dont le sujet était le microcrédit. J’avais découvert, au sud du Mali, des cultivateurs analphabètes qui avec l’aide d’un établissement de crédit français, avaient décidé de monter une banque de paysans. Quelques mois plus tard, c’était l’une des rares banques à bien fonctionner au Mali, pour une raison simple : elle s’appuyait sur l’économie du coton, la seule du pays à rapporter de l’argent. Un an et demi plus tard, la révolte de Cancun, en 2003, nous a conduit à nous intéresser de près à ce qui apparaissait comme un sujet de fond.
En quoi ?
J.M.R. C’est un cas unique où se retrouvent, en compétition directe sur le marché mondial, les Etats-Unis, première puissance de la planète qui subventionne sa filière coton, et ces tout petits pays africains qui ne représentent rien du tout. Et c’est une vraie guerre, tant il y a d’intérêts antagonistes entre les uns et les autres. Et le rapport de force est tout à fait déséquilibré.
De quelle manière ?
J.M.R. Pour les Américains, les Espagnols, les Grecs, voire pour les Chinois, le coton n’est pas fondamental, alors que pour ces pays d’Afrique qui ont sonné le tocsin à Cancun, le Mali, le Burkina, le Bénin et le Tchad plus trois ou quatre autres, c’est vital. Etats-Unis et Afrique ne se battent pas à armes égales pour conquérir le marché chinois.
Qui est un vrai marché d’avenir ?
J.M.R. Absolument. La Chine pourrait, à elle seule, absorber la totalité de la production africaine !
Qu’est-ce qui empêche l’Afrique de percer sur ce marché ?
J.M.R. Deux choses, cette année. La première, c’est que les Chinois ont acheté tout le coton américain et sont moins pressés d’acquérir le coton africain. La seconde, c’est que ce sont les Américains qui fixent les normes de qualité. Or le coton, c’est une affaire de terroir, comme pour le vin. Un coton africain, d’excellente qualité, n’a donc aucune chance de rivaliser avec les normes américaines. Sans parler des rumeurs…
Lesquelles ?
J.M.R. Dans le jargon professionnel, les Américains utilisent le verbe « contaminer » pour désigner un coton qui n’est pas propre. L’un des plus importants négociants américain vient de jouer sur le mot pour qualifier le coton africain, laissant ainsi supposer qu’il pourrait peut-être véhiculer le virus du sida. C’est honteux..
Y a-t-il d’autres exemples d’intox ?
J.M.R. La Chine pèse sur les cours en diffusant des infos contradictoires : on a trop de coton, on en manque, on n’en rachète pas avant six mois, etc. Quand les prix tombent, ils achètent..
L’Afrique peut-elle s’en sortir ?
J.M.R. D’abord en continuant de faire pression sur l’OMC. Ensuite en cherchant des partenariats avec des filières textiles, en Europe et singulièrement en France. Les Africains produisent un excellent coton et ils ont également un talent avéré pour le design des textiles. En constituant une sorte de réseau en aval, ils assureraient mieux la pérennité de leur exploitation.
Propos recueillis par Jean Maçon
Article paru dans :
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