DEMINEURS, AU PERIL DE LEUR VIE

.Elisa FRISULLO

L’explosion rompt brusquement le silence de la rase campagne et résonne à des kilomètres alentours. En intervention dans une ferme perdue aux confins de l’Ardèche et de la Haute-Loire, l’équipe de démineurs, alertée par un couple de fermiers, découvre, oubliés dans une vieille grange, des explosifs datant de la Seconde Guerre mondiale. Des grenades et des cartouches par dizaines qu’un violent orage aurait suffi à faire exploser, détruisant la ferme sur son chemin et dégradant les habitations voisines. Si cette première scène suffit à planter le décor, elle n’en reste pas moins banale pour ces hommes de l’ombre, les démineurs, auxquels France 3 Rhône-Alpes-Auvergne consacre cet après-midi un documentaire de cinquante deux minutes. Porté par le témoignage du lyonnais Raymond Aubrac, proche collaborateur de Jean Moulin, chargé du déminage en France de 1945 à 1947, ce film délivre un regard nouveau sur ce métier, finalement peu connu du grand public. Un travail difficile, accompli par des soldats, qui chaque année, au péril de leur vie, sortent de terre et font exploser plus de 600 tonnes de munitions.
Dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que la population civile rêve de jours heureux, les explosions accidentelles de mines, d’obus et de grenades qui n’ont pas explosé pendant le conflit se multiplient, venant assombrir d’un seul coup le ciel de la libération. « Il fallait agir vite. On était sous la pression de l’opinion et du gouvernement », se souvient Raymond Aubrac, qui à cette époque, a convaincu non sans mal, les autorités de faire appel aux prisonniers de guerre allemands. C’est ainsi que dès 1945, quelque cinquante mille hommes allemands et trois mille français volontaires entament le long chantier de déminage de la France, qui entraînera la mort de deux mille cinq cents hommes et en blessera près de six mille. Deux ans au cours desquels plus de treize millions de mines seront extirpées du sol. Un chantier, qui après s’être exporté dans différents pays du monde, meurtris par la guerre ( au Vietnam, en Afrique et au Liban ) est mené aujourd’hui sur l’ensemble du territoire français, par des démineurs professionnels, de l’armée de terre, de la police ou de la marine nationale. « Il faudrait sept siècles de déminage en France », prévient un capitaine, pour que les obus, les grenades, explosifs et mines datant des deux guerres mondiales et même du conflit de 1870 soient à tout jamais supprimées. Filmés dans les eaux profondes de la Méditerranée, sur les sentiers battus d’une forêt française, les démineurs s’activent chaque jour à creuser, fouiller les zones à risques, afin que les explosions accidentelles ne fassent plus de victimes à l’avenir. En France, mais également en Afghanistan, en Côte d’Ivoire ou au Sénégal, où chaque jour les mines font de nouvelles victimes.
Pour ne pas oublier ces difficiles lendemains de guerre et rendre hommage à ces innombrables victimes, le documentaire de France 3 Rhône-Alpes-Auvergne sera diffusé aujourd’hui sur les trente cinq sites de l’opération organisée par Handicap International. A Lyon, à l’occasion des Dixièmes pyramides de chaussures, le public est invité aujourd’hui de 10 à 20 heures Place Louis Pradel, dans le 1er arrondissement, à venir déposer des paires de chaussures, en solidarité avec les victimes des sous-munitions .

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