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Histoire Raymond Aubrac, figure de la Résistance, a déminé le territoire en 1945
« Il y avait 13 millions de mines en France »
Raymond Aubrac, 90 ans, célèbre résistant, fut aussi responsable du déminage de la France après la guerre. Une activité qui l'a conduit naturellement à aider l'ONG lyonnaise Handicap International dans sa lutte contre les mines.
Comment vous êtes-vous retrouvé chargé du déminage de la France en 1945 ?
Raymond Aubrac : A la Libération, j'ai été nommé commissaire de la République en Provence. Début 1945, j'ai voulu reprendre mon métier d'ingénieur des ponts et chaussées. Je suis entré au ministère de la Reconstruction qui a été chargé du déminage. Aucun directeur du ministère n'était volontaire pour s'en occuper. J'ai été désigné car, à 30 ans, j'étais le plus jeune.
Comment s’est montée cette opération ?
Treize millions de mines avaient été posées en France soit par les Allemands durant l'occupation, pour se protéger, soit par les alliés sur les champs de bataille. Un officier m'a conseillé de faire appel aux prisonniers allemands, car leurs unités de combat utilisaient des mines. En France, cette arme était peu connue. J'ai obtenu 48 500 prisonniers et 5 000 Français volontaires. Il y avait urgence, les victimes étaient plus nombreuses chaque jour.
Comment saviez-vous où étaient placées les mines ?
Pour celles posées par l'armée allemande, aux frontières. et le long des côtes, nous avons eu 1e concours de l'armée soviétique. En entrant à Berlin, les Russes ont mis la main sur les archives de la Wehrmacht. Deux bombardiers nous ont livré 6 t de plans très précis. Tous les ateliers de photocopie de Paris ont été réquisitionnés. Cela nous a permis de gagner du temps. Fin 1945, 80 % des mines étaient neutralisées.
Combien y a-t-il eu de victimes ?
Nous avons eu de grosse pertes humaines. Environ 2 500 soldats, dont 500 Français, ont été tués lors des opérations de déminage. Il y a eu aussi entre 5 et 6 000 blessés. Nous formions les démineurs, mais n'avions pas de matériel spécial, scaphandres ou détecteurs. Les démineurs se mettaient en file, épaule contre épaule ; et fouillaient la terre avec une tige de fer.
Y a-t-il encore des mines aujourd’hui sur le sol français ?
Les démineurs n'en trouve plus. Mais ils récupèrent toujours 500 t de bombe par an.
Quel souvenir gardez-vous de cette époque ?
Cela a été une période importante de ma vie et gratifiante. D'habitude, un ingénieur ne voit pas tout de suite les fruits de son travail. Là cela se constatait de suite. Dans les zones minées, la vie reprenait. Malheureusement aujourd'hui encore, les mines demeurent un fléau épouvantable.
Propos recueillis par Frédéric Crouzet
10e Pyramide de chaussures d’Handicap International, demain, de 10h à 20h Place Pradel (1er )
France 3 Rhône-Alpes-Auvergne diffuse demain à 15h55 un documentaire sur les démineurs à travers le récit de Raymond Aubrac.
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