FRANCE 5
La guerre des roses

Véronique Boulinguez

Cinq heures du matin à Rungis. Déjà la caméra surprend un incroyable ballet coloré de roses, de tulipes, de pivoines, et de chariots métalliques. Les forts des halles débarrassent d'innombrables camions de leurs cargaisons parfumées tout juste arrivées de l’Equateur, des Pays-Bas, du Kenya ou de Colombie. On est loin de la poésie de Ronsard ou du langage des fleurs. Ici, on parle « business ». Bienvenu dans un marché aux fleurs où tout n’est plus aussi rose.
Adieu l'artisanat et l'horticulture régionale qui faisaient le bonheur des petits exploitants. Vive la sous-traitance, la technologie, Internet, les holdings et le marketing ! On vend aux enchères, on spécule sur le pétale, on provoque les floraisons dans des serres climatisées faisant fi des saisons.
Filmée par Jean-Michel Rodrigo, cette « guerre des boutons » pénètre ce monde secret de l'élégance et de la créativité pour en sortir une réalité moins «sexy ». Le réalisateur s'intéresse, bien sûr, au processus de création mais il s'applique surtout à montrer à quel point, selon le principe de l'offre et la demande, depuis une dizaine d'années, entre mondialisation et grande distribution, le marché a subi de profondes mutations.
Pour tenter de comprendre quelles sont les filières d'approvisionnement des temples de l'horticulture, Rungis, Aalsrneer et le marché aux fleurs d’Hyères (les producteurs du Var, seuls, à jouer encore dans la cour des grands) et quels sont les enjeux financiers, son film nous entraîne sur le terrain, auprès des producteurs, transporteurs, horticulteurs ou « maîtres bouquet ». De Quito à Paris en passant par le Midi de la France et les Pays-Bas, ce voyage instructif émaillé de témoignages remonte chaque maillon de la chaîne de la culture au vase de la ménagère.
On apprend ainsi à quel prix se négocient les deux mille caisses de roses qui s'envolent chaque nuit de Quito. Ce que risquent ces producteurs et l'acheteur quand surviennent une grève de transports ou des intempéries.
Avec un vrai travail de cinéaste, pimentant le propos d'une pointe de suspense et d'un soupçon de trafics mafieux, ce reportage offre une mosaïque de couleurs et de formes délicates qui contrastent singulièrement avec les lourdeurs économiques. Afin de préserver une part de rêve, le sujet s'achève sur ces grands noms de l’art floral, fiers garants d'un savoir-faire à la française, Gilles Pottier et Alain Meilland, hommes d'affaires, fleuristes et poètes.

"BUSINESS DES FLEURS"
France 5, 15 h 05

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