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LE DIPLOMATE
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ECRIT ET REALISE PAR BORIS MARTIN ET MARINA PAUGAM D’APRES LE LIVRE DE BORIS MARTIN, « C’est de Chine que je t'écris », SEUIL 2004 |
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JULES LEURQUIN n’a pas 24 ans lorsque le ministère français des Affaires étrangères décide de l’envoyer comme élève-interprète au consulat de Tchentou dans le Seutchouan, l’une des provinces les plus riches de Chine. Tseu-hi, l’impératrice douairière, une « Catherine de Médicis chinoise » qui a fait le ménage autour d’elle pour asseoir son pouvoir et fomenter une révolte finalement perdue contre les puissances étrangères en s’alliant à la secte des Boxers vient de s’éteindre et c’est Pu Yi, un enfant de trois ans qui lui succède officiellement. Ce sera le dernier empereur de la dynastie des Qing. Mais, à part ceux qui, dans l’ombre, rêvent de révolution, de modernité, personne n’ose imaginer pareil drame pour la Chine éternelle. Jules Leurquin, lui, s’installe dans son rôle de digne représentant de la France des Lumières aux confins d’une province certes éloignée de Pékin et de Shanghai mais dont la position géographique, stratégique et économique est suffisamment importante pour que les puissances étrangères y aient ouvert des représentations diplomatiques et commerciales : réservoir de ressources naturelles sous-exploitées, porte d’entrée vers le Tibet voisin, frontalière du Yunnan dans laquelle les français ont déjà tracé un chemin de fer. Depuis son poste au consulat de Tchentou, Jules Leurquin observe tout. Des événements les plus décisifs de l’histoire de Chine aux détails de la vie quotidienne. Attablé à son « établi à prose », comme il surnomme son bureau, Jules s’astreint, dès les premiers jours, à une discipline de l’écriture qui confine à la rigueur bureaucratique. Il écrit à près de 25 personnes, mais c’est avec sa mère que la correspondance est la plus importante. La plus sensible aussi. Huit années d’un échange ininterrompu.
En 1911, l’Histoire chinoise bascule. La première République chinoise est proclamée par Sun Ya-Tsen. L’empire millénaire est balayé. Le petit empereur déchu se cache dans la Grande Cité Interdite. C’est l’entrée en fanfare dans la modernité |
Jules Leurquin se retrouve en première ligne au milieu du chaos à Tchentou. La ville, traditionnellement rebelle, est à l’épicentre du séisme. Craignant pour ses compatriotes, Jules finit par évacuer la communauté française. Il restera le dernier français dans le réduit de Tchentou. Sa carrière est lancée.
Avec sa famille, Jules écume ce pays-continent au rythme des soubresauts qui l’agitent ; Canton, Hankéou, Swatow, Shangaï, Honk-kong Chaque jour, il continue de remplir des pages entières pour ses amis de France ou sa hiérarchie Des mots qui nous plongent avec délice, bonheur, angoisse dans la Chine des campagnes, des concessions internationales, des invasions japonaises, des Seigneurs de la Guerre, des sociétés secrètes, du Guomintang, de Chiang Kai-Sheck, de Mao Tsé Toung.
La Chine de ces temps de troubles c’est aussi celle de nos imaginaires. La révolution rouge côtoie la calligraphie noire et millénaire au rythme lent et inspiré du Taiji quan. Notre homme meurt dans des circonstances troubles, en 1945, à Harbin. Semble-t-il empoisonné par les Japonais. Son voyage chinois s’achève à l’endroit même où il a commencé, dans la capitale Mandchoue. Jules ne verra donc pas les Communistes accéder au pouvoir, mais qu’importe. Tout ce qu’il décrit nous conduit droit vers cette Révolution-là. |