I AM A SAMSONITE

 

 

UN FILM DE HELENE DESPLANQUES

Suite à leur victoire judiciaire en France face à leur ancien employeur, les 200 ex-salariés de l’usine Samsonite à Hénin Beaumont attaque en responsabilité les trois fonds d’investissement actionnaires devant la justice américaine. Une procédure exceptionnelle, jamais tentée jusqu’à présent. Pour représenter les salariés pendant le procès, une vingtaine d’ouvrières s’organisent pour se rendre à New York et assister aux audiences. Face à eux, les représentants des fonds d’investissements sont bien obligés de sortir de l’ombre pour se défendre.

Ce procès improbable, risqué, dans un pays lointain et dans une langue qui leur est étrangère, qu’en attendent les salariés ? Que va t-il se jouer là-bas ? Un défi bravache aux puissants ? Un coup d’épée dans l’eau qui fait flop ? Ou bien un procès inédit qui plonge au cœur des méandres du capitalisme financier et met à jour ses obscurs protagonistes?

Je n’en sais rien. Je filme à leur hauteur, je plonge avec eux.  L’incertitude de la démarche, de l’issue du procès est un élément fort de tension, d’envie d’aller jusqu’au bout de cette histoire. Les héros de ce film sont des héroïnes. Cette communauté d’ouvrières, copines, collègues, camarades qui se jettent dans l’inconnu (New York, l’anglais, la justice) parce qu’elles sont ensemble et qu’elles se serrent les coudes. Elles ont déjà gagné en France.

Quatre ans après la fermeture de l’usine, elles pourraient légitimement avoir envie de tourner la page… Qu’est-ce qui les pousse encore ? Peut être l’envie d’aller faire payer Samsonite « jusqu’au bout » ? Peut être aussi la peur de se retrouver sans but, tout d’un coup, de revenir à un quotidien insipide, après avoir tant lutté ensemble ? Peut être que c’est tout cela à la fois…

L’autre défi de ce film est de pouvoir enfin mettre des visages, une parole sur cette réalité intangible : les puissances financières que constituent les fonds d’investissement. Cette fois, nous sommes chez eux, au cœur de leur territoire. Surtout ils sont la principale cible de ce procès. Pire, on les accuse d’avoir menti, d’avoir dissimulé, d’avoir « poussé la poussière en dessous du tapis ».

Aux Etats-Unis, beaucoup choses sont bien plus acceptées qu’en Europe. L’argent, le pouvoir, l’ambition sont des valeurs extrêmement positives. Mais il y a une chose qui n’est absolument pas tolérée, c’est mentir ! Et ce procès justement attaque là où ça fait mal. Il peut gravement ternir l’image de ces fonds. Leur défense risque d’être féroce et sans merci. Je voudrais parvenir à capturer cette violence, policée certes, mais d’une indéniable puissance.